Il paraît que les Italiens de l'Amerigo et les Mexicains du Cuauhtémoc se tirent la bourre : quel navire aura fait chavirer le plus de coeurs de jeunes Normandes à la fin de l'Armada. Ni outrés par ce défi de marins, ni impatients de savoir qui va l'emporter, Fisheye et Haddock ont décidé de mener l'enquête. Pourfendant la masse de jeunes femmes faisant la queue au pied du Cuauhtémoc, insensibles à la testostérone dégoulinant du pont supérieur du navire, nos duettistes ont réussi à s'introduire au coeur de la fiesta. Ils vous rapportent des photos et quelques lignes pour décrypter la savante technique de drague des Mexicains. Le premier sens sollicité est l'ouïe. La sono du navire crache de la musique latine, attirant les visiteuses. Les marins postés sur le quai, au pied des échelles, filtrent les candidat(e)s à la visite. La fiesta agitant le pont supérieur est là , à quelques mètres. Sur ce fameux pont, officiers en costume-cravate et hommes d'équipage en pull rayé, tous tirés à quatre épingles, se déhanchent sur le même rythme : ce n'est pas une question de rang, c'est une question de sang. Des jeunes femmes sont déjà dans le rythme, la danse et l'excitation rosissant leurs joues. La musique est forte, les langues pas forcément compatibles : Françaises et Mexicains se parlent peu. On communique par l'oeil, le sourire, le corps. Autour des danseurs, les femmes du public sont partagées entre l'envie évidente de se lâcher, et une retenue compréhensible. Les Mexicains connaissent parfaitement cette hésitation... et la parade. Ils poursuivent leur tactique collective : régulièrement des rabatteurs sortent du cercle pour aller chercher par la main des demoiselles dans le public. Rares sont les refus. Plus nombreuses sont les déceptions : les beaux marins ne prennent dans leurs filets que des femmes à leur goût. Cruelle scène que cette "bonne copine" qui voit avec envie et tristesse son amie, élue elle, partir danser. C'est à partir de ce moment, quand la proie est au centre du cercle des prédateurs, que le Mexicain devient enfin chasseur solitaire. Ça se terminera par une paire de bises, voire plus, beaucoup plus, si affinités...

(Photos Fisheye)
